14 décembre 2017

La censure politique sur le net

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Chine

Nom de domaine : .cn
Population : 1 313 000 000
Internautes : 137 000 000
Prix moyen d’une heure de connexion dans un cybercafé : environ 1,50 euro
Salaire mensuel moyen : environ 170 euros (Banque populaire de Chine)
Nombre de fournisseurs d’accès privés : donnée non disponible
Nombre de fournisseurs d’accès publics : donnée non disponible
Nombre de cyberdissidents emprisonnés : 48

 



Bientôt le plus grand marché mondial de l'Internet

La Chine est en passe de devenir le plus grand marché de l'Internet au monde devant les Etats Unis. Elle compte près de 200 000 nouveaux internautes par jour. Elle est également la plus grande prison de cyberdissidents avec un Parti communiste contrôlant systématiquement la Toile.


Le développement rapide du marché chinois de l’Internet attire les grandes entreprises étrangères du secteur, comme Yahoo ! et Windows Live, qui se sont pliées aux lois locales depuis 2005, quitte à s’autocensurer. Mais les entreprises nationales ne sont pas en reste. Le moteur de recherche chinois ultra-censuré, Baidu, est le plus utilisé par les Chinois et le deuxième au monde, après Google.

La Chine recense quelque 72,2 millions de blogs et 300 000 pages Web sont créées chaque mois dans la seule ville de Pékin. Le budget consacré au contrôle de la Toile aurait déjà atteint plusieurs milliards d’euros. Depuis le 31 janvier 2008, de nouvelles lois sont entrées en vigueur concernant la diffusion de fichiers audio et vidéo en ligne, qui interdisent aux sites officiels de diffuser des programmes amateurs. Les plateformes de partage de vidéos en ligne les plus consultées par les Chinois sont Tudou ou 56.com, qui répondent aux exigences du Parti. Toute mise en ligne de vidéo personnelle incriminant la politique du gouvernement est interdite.




Censure et autocensure : le contrôle de la Toile "made in China"

Depuis le mois de septembre 2007, les internautes des cybercafés se familiarisent avec les nouveaux visages de la surveillance : JingJing et Chacha, deux policiers virtuels, qui font leur apparition sur les écrans des ordinateurs toutes les trente minutes pour rappeler les règles à suivre.


Pour censurer le Net, la Chine a acquis des technologies et du matériel de pointe auprès d’entreprises américaines. Il existe un système permettant de lire les informations transmises sur le Réseau et de repérer des mots clés « subversifs ». La police a donc les moyens de savoir qui consulte des sites prohibés ou envoie des courriers électroniques « dangereux ». Mais devant la rapidité de l’expansion du secteur d’Internet, le Parti n’arrive pas à tout contrôler et encourage l’autocensure.

Le Bureau de l’information du Conseil d’Etat et le Département de la publicité (ancien Département de la propagande), sont les principaux organes de censure du Web. Il arrive malgré tout que des sites abordent des sujets tabous. Dans ce cas, les autorités peuvent appliquer différentes sanctions : critiquer le contenu du site dans les médias officiels, le condamner à une amende, ordonner le licenciement des responsables du site, voire contraindre la rubrique ou le site à fermer.

Le gouvernement filtre les informations au travers de "mots clés". Par exemple, tous les mots associés au mouvement pour la liberté et la démocratie, réprimé dans le sang par les autorités, sur la place Tiananmen, en 1989, ont été prohibés sur le Réseau : « 1989.6.4 », « vague estudiantine de 89 », « mouvement étudiant de 89 », « troubles », « émeutes », « massacre », « révolte », etc... Les internautes tentent d’utiliser des signes tels que «  », « / », « \ », entre les lettres des mots pour éviter la censure, mais les sites ont installé de nouveaux filtres qui détectent ces codes. Les sites répertorient même les homonymes et synonymes. Aujourd’hui, il y aurait environ 400 à 500 mots clés interdits relatifs aux événements du 4 juin 1989. Les sites de "Reporters sans frontières" et "Chinese Human Rights Defenders" sont également inaccessibles en Chine.


En 2007, certaines plateformes de blogs ont signé une charte qui met fin à l’anonymat des blogueurs. Élaborée par la Société Internet de Chine (SIC), affiliée au ministère chinois de l’Industrie de l’information, elle contraint les entreprises à censurer le contenu des blogs et à identifier les blogueurs. Cette charte, signée à Pékin, prévoit notamment que "les fournisseurs de blogs surveillent les commentaires (...) et suppriment rapidement les informations illégales et mauvaises".




Contester la censure en Chine

Les internautes et blogueurs tentent parfois de contester cette censure, y compris en portant plainte contre des hébergeurs. Ce fut le cas de He Weifang, Pu Zhiqiang, Xiao Han et Xu Zhiyong lorsque leurs blogs ont été bloqués par Sina, la plus grande plateforme chinoise de blogs. La Constitution protège en théorie les libertés fondamentales face aux nombreuses réglementations qui imposent des limites aux médias en ligne et aux sites des organisations non gouvernementales. La procédure judiciaire est toujours en cours.




48 cyberdissidents emprisonnés pour « subversion »
ou « divulgation de secrets d’Etat »

La Chine compte près de 47 millions de blogueurs et 48 cyberdissidents sont derrière les barreaux après avoir été notamment accusés d’"incitation à la subversion de l’Etat". En décembre 2007, les médias gouvernementaux ont annoncé que les autorités avaient arrêté 868 personnes accusées de publier du contenu "malsain" sur Internet.


Au moins quatre cyberdissidents doivent d’être emprisonnés à la collaboration de l’entreprise américaine Yahoo ! avec le gouvernement chinois. Condamné en 2003 à 10 ans de prison pour "incitation au renversement du gouvernement", le cyberdissident Wan Xiaoning a porté plainte contre l’entreprise, l’accusant d’avoir fourni ses coordonnées aux autorités chinoises. Shi Tao, journaliste de 37 ans, a été condamné à dix ans de prison en 2005 pour "divulgation illégale de secrets d’Etat à l’étranger", sur la base de renseignements fournis par l’entreprise américaine au gouvernement. Le blogueur Li Zhi a été condamné à huit ans de prison en 2003, accusé d’avoir été en contact par le biais d’Internet avec Xie Wanjun, dirigeant du "Parti démocratique de Chine" interdit. Yahoo ! aurait également fourni ses coordonnées personnelles. L’entreprise aurait enfin aidé le régime à identifier Jiang Lijun, condamné à quatre ans de prison, en novembre 2003, pour des articles en faveur de la démocratie, publiés sur Internet.


En août 2007, le cyberdissident et blogueur He Weihua a été interné de force dans un hôpital psychiatrique du Hunan (Sud). Selon ses proches, cette décision serait liée à ses articles publiés sur son blog.